Introduction du mémoire de projet de diplôme

A l’heure où se développent plus ou moins empiriquement de multiples interfaces de mise en relation, de nouvelles perspectives s’ouvrent sur des « co-modes de vie », des modes de vie « partagés » dans lesquels il est possible de profiter de biens et services en commun, mais aussi et peut-être surtout, de provoquer des rencontres et créer du lien social. Co-location, co-housing, couchsurfing, co-loisir, co-voiturage, co-déménagement, etc, ces multiples exemples esquissent les formes d’une nouvelle économie parallèle, faite de troc et d’échanges locaux, de recyclage et de récupération, d’éducation en pear to pear et de réhabilitation des savoirs-faires… Si cette nouvelle économie naît effectivement des successives crises financières que connaissent nos sociétés actuelles, elle est aussi une prise de conscience globale vis-à-vis de notre mode de consommation et un désir de retrouver des liens et des valeurs qui se sont perdues dans l’industrie de la grande consommation.

Aujourd’hui, de plus en plus œuvrent pour retrouver l’échelle locale et les pratiques traditionnelles, mais ce n’est pas pour autant qu’il y a régression, et bien au contraire. Les innovations foisonnent, et le nouvel outil internet permet des relations et des échanges totalement inimaginables auparavant. Ces innovations sont capables de refaire émerger des les valeurs sociales, écologiques, économiques et politiques en proposant des alternatives aux pratiques individuelles. En tant que concepteur des objets et des usages du quotidien, le designer n’est-il pas le premier concerné par le développement de ces nouveaux modes de vie ? Ces micro-systèmes alternatifs émergents génèrent empiriquement du service, des produits et des espaces sur accords de confiance et de gratuité. Alors que les designers continuent de dessiner des produits pour une consommation en crise, le besoin d’une nouvelle forme d’échange et de rencontre grandit chez les usagers. De nouveaux usages collectifs sont à élaborer. C’est ainsi qu’est née celle qu’on appelle « la nouvelle économie de partage ».

Quelles formes prennent donc ces dispositifs partagés? Quelles questions et réponses les créatifs ont-ils déjà donné ? Si le mouvement de l’esthétique relationnelle des années 90 a déjà pu poser des questions de dispositifs relationnels et participatifs, en quoi et comment le design lui, participe-t-il de l’émergence de ces réseaux de pratiques interactives ? La pratique du design doit pouvoir s’adapter à cette nouvelle économie où tout usager devient partie du dispositif. Quand « l’usager » devient « praticien », où le design trouve-t-il sa place ? Pour penser des pratiques et non plus des objets de consommations le design doit se préoccuper du quotidien, des rites, des mœurs, des modes de vie et des modes de faire, ; soit, pour reprendre les termes de Bernard Stiegler, de « cultes » pour « culture », plutôt que d’« usages » pour « usure ». L’enjeu

du design aujourd‘hui n’est plus dans la production de services consommables « déshumanisants », mais dans l’élaboration de services « habilitants » . Dans quelle mesure le designer peut-il soutenir la transformation des services ? Comment peut-on proposer de nouveaux moyens de les pratiquer ? Dans quelle mesure peut-on alors parler du design des modes de vie ?

Nous commencerons par observer les différentes formes de la nouvelle économie de partage, et interrogerons le rôle du design dans ces nouveaux systèmes d’échanges. A travers de multiples exemples d’usages collectifs, nous interrogerons la notion de propriété, de confiance et de participation. Ces constats de société nous mèneront à explorer le concept de partage : Qu’est-ce partager un bien ou un service? Que partage-t-on aujourd’hui, et que partagerons nous demain ? Il y a des espaces et des objets que nous avons toujours partagé, par exemples ceux que l’on dit « publics ». En effet l’espace public, dans sa définition même, est un dispositif partagé puisque accessible et ouvert à tous. Quel usage de l’espace public fait-on aujourd’hui et peut-on considérer qu’il réponde à ce besoin d’échange et de rencontre émergeant ? À la notion de « public » peut s’ajouter celles du collectif et du commun, qui aboutissent chacune à différentes formes de partage. C’est en cherchant à définir ces notions : public, commun et collectif, que nous tenterons de comprendre les conditions de la création et les fondements de dispositifs « partagés ». Nous travaillerons donc à distinguer différents processus de création déjà expérimentés par des artistes et des designers, mais aussi ingénieurs, sociologues ou philosophes, selon leurs conceptions des usages et du design. Nous distinguerons alors trois manières de « partager » : Faire pour, faire avec et faire ensemble, révélant respectivement des différents niveaux d’implication de « l’usager » que nous verrons devenir « praticien ».

Enfin, nous nous proposons de révéler les compétences du designer pour participer de ce « réenchantement du monde » comme le décrit Bernard Stiegler. Comment le designer peut-il se positionner dans cette nouvelle économie de partage ? En quoi ses méthodes de conception font-elles sens dans le dessin de nouvelles pratiques ?Nous verrons comment le designer s’empare de ses innovations alternatives pour projeter et guider le développement de ces innovations. Dans nos modes de vie « à géométrie variable », nous sommes capables d’échanger à l’autre bout du monde en même temps que de faire valoir des savoir-faire locaux. Il est parfois difficile de s’orienter dans ces multiples échelles de réseaux d’informations. Les communautés de « praticiens » se répondent et interagissent autant qu’elles peuvent rester sans connexions et pratiquer en « autonomie ». Nous proposerons que les outils du designer soient non seulement à l’origine de nouvelles pratiques, mais aussi mis au service des nouvelles pratiques existantes. Comment le design pourrait-il accompagner, soutenir, et stimuler le développement de l’initiative locale et permettre à tous l’accès à ces nouvelles pratiques alternatives ? La veilleuse est un projet qui propose d’utiliser les outils du designers pour se positionner en « médiateur-agitateur ». Tremplin de l’initiative pour le développement local et la cohésion sociale, La veilleuse est un « lieu ressource » qui concrétise et rend accessible à tous l’activité alternative des espaces numériques.

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