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Rencontre autour des Atelier Territoriaux de Partenaires (ATP)

Rencontre avec Céline Tergau pour comprendre les ATP :

Les ateliers territoriaux de partenaires regroupent  en  réseaux de multiples acteurs de terrain dits » partenaires » des projets menés avec la démocratie locale (associations, socioprofessionnels, groupes d’habitants, etc.). Le réseau permet de faire remonter des diagnostics sociaux et urbains très précis et d’organisation des temps forts dans chaque quartier ( l’été, la rentrée, la fin
d’année etc.)

« Près de 70 groupes de travail existent dans les quartiers, à raison d’une réunion toutes les 6 à 8 semaines par groupe. Certains se déclinent en équipes projet pour mener à bien l’une ou l’autre action.  » Les ATP connectent un grand nombre d’initiatives dans différents quartiers et jouent un rôle fédérateur à l’échelle locale. C’est en cela que les ATP constituent une force d’expression du territoire. Menant des actions auprès de publics très différents, les ATP prennent formes de multiples événements tels que les « Animations familiales de rue » pendant les vacances scolaires, les « Rencontres-débats » associant parents, acteurs du quartier et personnel de l’Education Nationale (lespetits déjeuners à l’Elsau), les « Portraits de femmes », portraits de mères » en mai et « Papas en fête » en juin (Elsau), etc.   Passant par une phase de « diagnostic partagé », les ateliers sont  élaborés localement pour répondre aux besoins  particuliers d’un territoire plutôt que d’agir sur une cause ou une cible définie. Des actions pour favoriser l’égalité des genres, en passant par la santé, les problématiques intergénérationnelles ou encore la sensibilisation à l’environnement, les ATP s’organisent autour d’objectifs transversaux qui touchent à différents secteurs des politiques de la ville.

L’exemple des ATP donne bon espoir quant aux possibilités de la ville de travailler en transversalité, même si pour l’heure, les citoyens semblent troublés par la multiplication des acteurs et des services de la démocratie locale … Au fil des rencontres et des entretiens, la nécessite de travailler avec plusieurs publics, dans différents champs d’action, fait ressortir  l’idée d’une action « territorialisée », c’est à dire la prise en compte des multiples facettes et particularités d’un territoire, plutôt qu’une action ciblée « hors-sol ».

Rencontre avec l’AHBAK

Rencontre avec Christianne Goetz présidente de l’association AHBAK

L’AHBAK (association des habitants de Bourse – Esplanade – Kruteneau), compte 35 adhérents et environ 200 « sympathisants ». Cette association est du désir des habitants de ces quartiers de transformer les usages de la place d’Austerlitz (anciennement dépôt de bus). Travaillant avec des experts ( architectes et urbanistes à la retraite et habitant le quartier), ils rédigent ensemble des « cahiers d’attentes » pour proposer de nouvelles fonctions à cette place.

L’association est à l’origine de plusieurs mouvements et prise de positions des habitants pour leur quartier, elle participe à ce titre aux réunion des conseils de quartier. Effectivement L’AHBAK se fait porte parole et médiateur des besoins et envies des habitants pour améliorer leur quartier. Après le projet de la place d’Austerlitz, c’est l’avenir des bains publics municipaux, puis celui de la manufacture des tabacs, que l’association se propose de mettre en débat avec les habitants. Au vue de l’intérêt porté à la végétation en ville révélé dans leur premier travail sur la place d’Austerlitz, L’AHBAK propose un projet de jardinage dans l’espace public et demandant d’abord l’autorisation de cultiver le pied des arbres de la place Sainte-Madeleine. Ce projet a été refusé pour des raison d’assurance des espèces qui venaient d’y être plantées, en revanche, on leur propose ce petit espace entre l’église et la rue qui est aujourd’hui le petit jardin partagé de la place.

Vous pourrez lire quelques informations en passant sur le panneau installé au bord de la parcelle. C’est pour leur expérience de jardin, mais aussi pour leur démarche auprès des habitants que j’ai demandé à rencontrer l’association. Le but étant de récolter les témoignages de plusieurs expériences de jardin partagé à Strasbourg pour collecter les trucs et astuces de chacun : à quoi faut-il faire attention ? qu’est-ce qu’il ne faut pas rater ? etc. Nous avons aussi eu l’occasion de discuter de leur technique de communication auprès des habitants, vous reconnaîtrez donc dans le « manuel des jardins partagés », la technique de la communication par mail rediffusée (chaque personne imprime pour son immeuble), l’astuce de la bourse aux plantes du jardin botanique, mais aussi la demande de plants auprès des agriculteurs fournissants les AMAP.

L’AHBAK fait aussi fonctionner un composteur collectif. C’est Joséphine de Boisséson (responsable du compost) qui prend avec moi le temps d’un entretien téléphonique à me décrire les différentes étapes de la mise en place d’un composteur collectif. A qui s’adresser ? ou poser un composteur collectif ? Comment éviter les mauvaises odeurs ? etc. Vous pourrez retrouver tous ses conseils dans le manuel des composteur collectif.

Au fil de notre discussion, j’évoque le positionnement de l’association sur le devenir des espaces disponibles de la manufacture. Ayant déjà entendu parlé des différentes négociations qui s’opèrent autour de ce bâtiment emblématique, la contribution de l’AHBAK aux décisions qui concernent la manufacture avaient déjà retenu mon attention. Désireuse de porter la voie des habitants et des intérêts du quartier pour l’amélioration de leur cadre de vie, l’association propose qu’une partie de ces futurs locaux disponibles soient mise à la disposition du réseau associatif local pour un projet d’économie sociale et solidaire. A la lecture des différents comptes rendus de leurs « Stammtisch », j’avais imaginé projeter la « veilleuse kruteneau » à la manufacture. Projet ESS par excellence, la veilleuse conviendrait aux attentes que formulent l’AHBAK. C’est pourquoi les simulations,  les maquettes et les projections seront signées « la veilleuse/Manufacture-kruteneau ».

Rencontre avec Mimir, un lieu ressource autogéré

Les rencontres avec le milieu associatif local permettent petit à petit de tisser des liens et faire émerger des valeurs, autours des pratiques d’un quartier. La grande diversité des associations présentes dans les quartiers Bourse-Esplanade-Kruteneau retient mon attention et me décide à tester les outils de la Veilleuse là-bas.

Nous rencontrons alors Renaud Tchudy de  la maison Mimir, un lieu ressource alternatif entièrement autogéré, où les services rendus et les animations sont à prix libre,  entièrement basé sur la contribution volontaire. Les espaces mis en communs, les aménagements et divers matériels ont été récupérés ou reçus de dons volontaires. Les travaux engagés dans la maison Mimir n’ont effectivement pas coûté un centime aux services publics, puisque les habitants de la maison sont tous des glaneurs.

« L’association Mimir est née de la rencontre entre des personnes sans domicile et des travailleurs sociaux ayant pour objectif de créer un lieu commun d’habitation et de création. De nombreuses personnes d’horizons divers nous ont rejoint dans l’aventure. La mixité est un pari auquel nous croyons. »

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Mimir, c’est quoi? par PaulineCroquet

La Maison Mimir est un exemple de A à Z de l’autonomie pour la solidarité. Les locaux de la maison sont tous mis à disposition des associations locales pour les réunions ou le lancement de projet. Ils sont devenus par là un véritable espace de rencontre et de médiation.  C’est cette disponibilité et ce service de mise en relation que la Veilleuse doit pouvoir offrir. L’expérience de la Maison Mimir pose des questions d’implication et de gestion. C’est la confiance et la solidarité de la maison  qui permet à chacun de se sentir concerné, touché, impliqué dans le projet,  facilitant ainsi le fonctionnement collectif  et les projets participatifs de l’espace. La Veilleuse a vocation a mettre en place le même type de climat bienveillant et solidaire pour inciter les usagers du lieu à s’approprier, se sentir concerné et par conséquent,  participer.

La veilleuse, un espace de la démocratie locale ?

A partir de réflexion sur la question « d’intérêt public », Rencontre avec Gilles Castel, chargé de mission « conseil de quartier » au sein du service de la démocratie locale de le Ville de Strasbourg.

Comprendre la complexité de la structure publique :

La ville de Strasbourg s’organise en deux hiérarchies parallèles : dans chaque quartier comme à la ville, on distingue la mairie et la direction de proximité. Au niveau du maire on trouve donc un DGS ; ceux qui sont les adjoints au maire sont au niveau hiérarchique des DGA ; ensuite nous trouvons des Directeurs de projet et enfin les Chefs de projet. Le service de la démocratie locale s’organise, elle, en 6 structures : les conseils de quartier, les conseils de résidents étrangers, les conseils des jeunes, les ateliers de projet, les ateliers urbains et les ateliers territoriaux de partenaires. Nous nous concentrons sur les services qui concernent directement l’implication des habitants et acteurs locaux sur le projet urbain :

Conseil de quartier : rendre un avis sur les propositions de la ville. Différentes expérimentations de moyens de concertation sont mises en place. Plus précisément, les conseils de quartier sont composés de deux tiers d’habitants (moitié tirés au sort sur liste électorale, et moitié volontaires) un sixième d’associations et un sixième de socio-professionnels.

Les ateliers urbains : projets qui peuvent durer entre un an et demi et deux ans. Ces ateliers sont destinés à dessiner la silhouette urbaine de la ville, à quoi ressemblerait-elle dans 20 ans ?

Les ateliers de projets : S’organisent autour d’un sujet qui est transversal à plusieurs quartier (qui ne peut pas être traité seulement en conseil de quartier), C’était le cas par exemple pour « quel avenir pour les bains municipaux » ?

Les ateliers territoriaux de partenaires : un réseaux de « partenaires » acteurs de terrain ( associations, socio-professionnels, etc) qui permet de faire remonter des diagnostics sociaux et urbains très précis. C’est aussi l’espace d’organisation des grands événements de quartier ( l’été, la rentrée, la fin d’année etc.)

La question de la concertation : Comment s’organise-t-elle dans les conseils de quartier ? quelles en sont les difficultés, les écueils ?

La concertation est un processus qui rallonge souvent considérablement les plannings de projets urbains. Pourtant c’est un défi que la ville veut relever car la politique actuelle fait de la participation citoyenne une priorité. La plupart du temps les conseils de quartiers relèvent d’un démarche centrée sur un « Avis » délivré par les conseils de quartiers. Effectivement lorsqu’un projet est soumis aux conseils de quartiers, il faut d’abord organiser une ou plusieurs réunions de présentation (les conseils peuvent demander des précisions autant qu’ils veulent sur le projet), et ensuite émergent du débat les différents points à améliorer selon le groupe. De ces diagnostics émerge un « avis » soumis à la ville, aux concepteurs, aux services techniques, etc. qui formulent un retour validant ou non les points soulevés par les conseils de quartiers. Ces allers-retours peuvent durer longtemps tant que les habitants et la ville n’arrivent pas à un consensus.

Formation ?

C’est là que se jouent encore beaucoup de difficultés dans la démarche de concertation : comment informer ? qui ? Il se trouve que les techniciens eux-même doivent faire les présentation et explication du projet dans n’importe quel quartier. Il s’agit donc de travailler à l’adaptation de son discours pour chaque type de public présent. Or ce travail didactique n’est pas celui d’un technicien et souvent, il y a conflit autour de la manière de communiquer ces projet auprès des habitants. S’il faut alors organiser des cessions de formation pour les techniciens, il faut aussi imaginer ce type de travail auprès des habitants. Sans quoi plusieurs avis émis par les conseils sont des propositions sur lesquelles la ville n’a aucun pouvoir. Il s’agit donc de bien présenter et distinguer les compétence de la ville de celles de la Communauté Urbaine par exemple. Ainsi s’organisent des petites formations « Qu’est-ce que la ville ? Qu’est-ce que la CUS ?

Gilles Castel soulève aussi le problème de l’organisation du débat. Bien que le conseils soient pensé pour être autonomes ( chaque conseil a un budget de fonctionnement qu’il gère seul et il n’y a aucun élu dans les groupes), il semble qu’il puisse difficilement rester autonome quand au sein du groupe il y a des personnes qui n’ont jamais pris la parole en public au même niveau que d’autres qui ont déjà une carrière politique derrière eux. Le besoin de faire appel à un animateur-régulateur s’est très vie fait sentir. C’est lui qui permet la bonne répartition de la parole et l’orchestration du débat. Au service des conseils de quartier s’est donc ajouté la dimension « d’éducation », où ils proposent des cessions de formation à la prise de parole par exemple.

Ces points de difficulté et solutions proposées sur la communication font de grands échos à mon projet : comment s’organise-t-on pour permettre l’accès à la participation ? Il ne suffit pas de laisser la place aux habitants pour qu’ils s’en saisissent, il y a un travail de communication sur le contexte et peut-être un travail d’éducation ? Comment imagine-t-on des programmes pédagogiques au sein d’une structure comme la veilleuse ?

Concertation ou implication ?

En dehors de ces complications relationnelles et techniques, les habitants ne se plaignent pas seulement de ne pas comprendre ou ne pas pouvoir prendre la parole, certain jugent être consulté trop tard dans le processus de projet. Effectivement c’est un « avis » qu’on leur demande de laisser et non une implication à l’origine du projet. Depuis affectivement la ville fait des efforts de panification pour tenter d’arriver « assez tôt » dans le processus de projet. Pourtant est-ce encore suffisant ? N’est-ce pas la révélation d’un problème de fond sur la démarche de concertation ? quand on veut laisser une place à l’implication du citoyen,  ne faut-il pas travailler avec lui déjà sur  la proposition de projet ? Effectivement c’est une démarche vers laquelle veut tendre le service de démocratie locale. Ce processus dans lequel l’habitant est à l’origine et au centre de la mise en place d’un projet urbain s’appelle « l’auto-saisine ». Jusque là les conseils de quartiers récoltaient des expériences d’usages pour diagnostiquer eux-même et faire des propositions à « soumettre » au jugement des usagers , l’auto-saisie inverse le processus et permet aux usagers de soumettre eux-même des propositions à la ville. C’est ce qui a pu se mettre en lace pour le réaménagement de la place du marché au Neudorf. L’auto-saisine permet d’inscrire un projet qui n’était pas à l’ordre du jour dans les premiers chantiers publics. Ainsi les conseils de quartier peuvent se mobiliser eux-même pour organiser des commissions publiques sur des questions d’intérêt public et formuler une proposition de projet qui se sera prise en compte et évidemment négociée avec les compétences de la ville. Cette démarche évite la situation de conflit interminable dans les aller-retours d’avis entre la vile et les conseils de quartier.

World café

Gilles Castel m’explique alors le concept du World café. C’est une cession organisée sur une demi journée dans un espace loué à cet effet, au Neudorf : les halles du marché. L’espace s’organise en de petits groupes de tables (5-6 chaises) recouvertes de nappe en papier ou tout le monde peut venir s’installer boire un café et gribouiller ses idées et ses propositions sur la nappe. Toutes les vingt minutes, les participants changent de table, l’hôte résume les idées émises par le groupe d’avant. « Il y avait de jeunes couples avec poussettes, des quadras, des personnes âgées, des personnes en fauteuils roulants, toutes les classes sociales étaient présentes. Pour aller plus loin, nous réfléchissons à la façon d’associer les commerçants qui ne peuvent pas toujours, à cause de leurs activités, participer aux réunions le soir. » décrivent Mireille Sturm et Jean-Jacques Fix, membres du conseil. L’interactivité du dispositif met en confiance et  propose une dimension ludique et stimulante. Le fait de proposer de réfléchir autour d’un café évite la connotation lourde et inhibant de la « réunion ».

Ce système est très inspirant pour la veilleuse, il nourrira une réflexion autour des outils de la conception de projet en collectif, les moyens de désinhiber, de stimuler la créativité, d’inviter et de concerner les usagers.

La veilleuse, lieu ressource ?

Retour sur les expériences de la résidence 27ème Région à Wazemmes, Lille

 » le 22 janvier 2011 : La matinée est consacrée à quelques dernières rencontres d’acteurs du milieu associatif,  Pierre Brasseur nous raconte son association « BricoZem » …

BricoZem, d’abord atelier de conseil en bricolage, puis atelier de bien être pour sénior passant par « éco-promoteur » des initiatives locales, Pierre Brasseur nous raconte comment il sait saisir les opportunités  qui passent pour créer du lien, agir pour le développement durable, ou simplement pour « rendre service »… BricoZem est un « lieu ressource à pleins de bras » dit-il, un espace qu’on prête, pour un cinéma, une exposition, un atelier…, mais aussi des outils, qu’on met à disposition, des savoir-faire qu’on peut transmettre, etc. Avec leurs multiples compétences et projets, ils jouent les « agitateurs d’idées » du quartier et même au delà. »

A la question « comment vous définissent la habitants ?  » Pierre Brasseur nous répond qu’il ne peut pas savoir sur quoi chacun retrient son attention, il y a de l’activité pour toutes les générations et préoccupations. Il n’a jamais cherché à définir son projet associatif au delà d’un projet de quartier pour le quartier. BricoZem change la vitrine assez régulièrement pour l’adapter au nouveau thème qu’ils vont aborder : objets africains, culture du chanvre, vélo, produit de bien-être, etc, se retrouvent exposé derrière la vitrine. On pourrait penser que le fait d’avoir des activités très diverses et multipliées nuirait à la communication et à la fréquentation de l’association, mais BricoZem ne semble pas souffrir d’un manque de public, bien au contraire. Pierre Brasseur explique que l’association fonctionne au gré des opportunités et que c’est pour ça qu’elle est aussi dynamique. C’est cette dynamique qui attire. L’association n’a pas de « public cible » et pas non plus de champs d’action restreint, et c’est précisément cette ouverture et ce flou qui permet à n’importe qui de passer la porte un jour ou un autre.  » Personne ne nous connaît pour la même chose. Pour l’un c’est l’exposition, pour l’autre l’atelier bien-être, pour l’autre les confitures, etc. Ce travail de la diversité est une démarche relativement opposée à celle que nous connaissons d’habitude : quel est l’objet de cette association ? BricoZem n’est plus capable d’y répondre et pourtant, leur espace est devenu un repère pour tout type d’habitant du quartier. A l’image de cette association débridée, la veilleuse sera un lieu ressource adapté aux propositions de ceux qui voudront l’investir.



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